Interview de Trinh Xuan Thuan , astrophysicien
”Nous ne sommes pas seuls dans l'Univers”

Auteur de nombreux livres sur le cosmos et la spiritualité, l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan publie un dictionnaire très pédagogique, qui propose sans amalgame un état des lieux scientifique et une réflexion philosophique sur la place de l'homme dans le cosmos.
En quelque 250 entrées, son Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles répond à la plupart des grandes questions sur l'origine et la formation de l'univers, des galaxies et des étoiles, avec l'idée toujours présente d'un agencement cosmique, d'un réglage très fin de la nature, où rien n'a été laissé au hasard.

L’AGITATEUR  Quel est le projet de ce Dictionnaire amoureux du Ciel et des Étoiles (1) ?
J’ai eu envie de faire la synthèse de mes disciplines, l’astronomie et l’astrophysique. C’était pour moi aussi une occasion supplémentaire d’expliquer la science et de faire saisir ses enjeux. Car derrière l’état de la connaissance se posent de nombreuses questions théologiques et métaphysiques. Et comme il s’agit d’un « dictionnaire amoureux », je me suis donc engagé à dire ce que je pensais de tel ou tel domaine, comme par exemple la biodiversité, l’écologie ou la vie extraterrestre. Tout cela m’a pris deux ans de travail.

Dans votre dictionnaire vous évoquez de nombreuses figures de la science. Elles appartiennent toutes à l’astronomie ou à la physique. Sauf une Darwin. Que fait-il là ?
Darwin est un personnage clé pour nous éclairer sur nos origines. Il l’a fait dans son domaine, mais les astrophysiciens font de même lorsqu’ils recherchent les origines de l’univers. Depuis les années 1950, nous savons que nous sommes des poussières d’étoiles. On n’a jamais réussi à reproduire la vie en laboratoire et il est peu probable qu’on y parvienne un jour. Le grand mystère demeure le saut de la matière animée qui devient consciente. Comment cela s’est-il passé ? Nous n’en savons rien.
À sa manière, et par des questionnements similaires, Darwin a suivi le même chemin que les astronomes dans le domaine de la biologie. Il y a trois siècles, en 1609, Galilée pointa pour la première fois un télescope vers le ciel. Cette démarche est du même ordre que le voyage de Darwin sur le Beagle. Il était donc normal que je lui consacre un article. C’était ma façon de lui rendre hommage puisque 2009 commémore le bicentenaire de sa naissance et le 150ème anniversaire de la parution de L’Origine des espèces.


Vous êtes bouddhiste. Cela a-t-il influencé votre manière de voir ?
De voir, sans doute. De faire de la science, non. Les résultats scientifiques sont les mêmes pour tous le monde. En revanche, chacun est susceptible de les interpréter selon sa sensibilité, sa culture, sa croyance. Moi qui suis bouddhiste, cela m’inspire beaucoup. Je suis très sensible aux notions d’évolution et de permanence. C’est dans cet équilibre complexe que réside la compréhension du monde, de l’univers et de ce que nous sommes.
En 1054, plusieurs astronomes d’Extrême-Orient observent la Nébuleuse du Crabe. On Occident, personne n’en parle, non pas parce qu’elle n’est pas observée, mais parce qu’elle est mentalement impossible à voir et à comprendre puisque l’Univers est encore considéré comme statique et crée par Dieu une fois pour toutes. En Occident, il faudra attendre le XVIII e siècle pour que son existence soit signalée…


De tous les personnages évoqués, de qui vous sentez-vous le plus proche ?
D’Einstein, sans hésitation. Sa conception panthéiste du monde, à la Spinoza, me convient parfaitement. De plus, c’est un homme de conviction qui s’est engagé bien au-delà de sa discipline. Il y a chez lui un sens profond de la responsabilité du scientifique comme citoyen du monde.

Dans l’article sur le hasard et la nécessité, vous vous méfiez du hasard ?
Pour moi, la vie n’est pas le résultat d’un pur hasard, mais d’un hasard contraint. Elle a émergé à la suite d’événements contingents, certes, mais soumis à des contraintes. Ce hasard contraint implique que nous ne sommes probablement pas les seuls dans le cosmos à admirer la beauté et l’organisation de l’Univers. Je parie sur la nécessité plutôt que sur le hasard. Sinon il faudrait l’existence d’un multivers.

C’est-à-dire ?
Selon certaines théories physiques, notre univers ne serait pas unique. Il ne serait qu’un univers parmi une grande quantité d’autres univers existant parallèlement dans le temps et doté chacun de propriétés différentes, avec leur propre combinaison de conditions initiales et de constantes physiques. On appelle l’ensemble de cette quantité d’univers quasi infinie un multivers.

Et vous n’y croyez pas ?
C’est une théorie pour l’instant invérifiable. Elle relève donc non pas de la science, mais de la métaphysique.

Mais le rôle du scientifique n’est-il pas de proposer  des hypothèses ?
De proposer pour comprendre. Le scientifique ne peut travailler dans le vide comme le poète. Il a besoin d’un paradigme, comme disait le philosophe et historien des sciences Thomas Kuhn. C’est ainsi qu’on propose des expériences au télescope spatial Hubble. Pour vérifier des hypothèses. Mais si ces hypothèses ne sont pas validées par l’observation, il faut les abandonner et en proposer d’autres.

Comment expliquez vous que le monde soit mathématique ?
Je ne me l’explique pas. Je le constate. Le surprenant succès des mathématiques à décrire le monde constitue l’un des plus profonds mystères qui soient. Ainsi le mathématicien allemand Bernhard Riemann a développé au XIX e siècle des espaces courbes avant qu’Einstein ne les mettent en évidence en 1915 ! Je ne pense pas que le caractère mathématique du monde soit un phénomène purement culturel ni qu’il résulte seulement de la prédilection des hommes pour les mathématiques, mathématiques qui sont essentiellement élaborées de façon abstraite sans souci d’application dans le monde naturel. En revanche, c’est de ce contact avec ce monde d’idées mathématiques pures et la réalité que peut surgir la solution d’un problème.

Les scientifique changent-ils la vision que nous avons du monde ?
Bien moins que les artistes ! Mais les artistes peuvent être influencés par des découvertes scientifiqu
modifié par Laurent Lemire, le 22/10/2009




Trinh Xuan Thuan © DR.
Réactions des internautes  
20/11 19:53 castillon
     
la
inte vie c'est quoi ?
01/06 00:58 normand
      Bonjour Mr Trinh Xuan Thuan, j'ai écrit un nouveau concept théorique de notre univers a partir d'une énergie qui définit le tout .Cette théorie implique une nouvelle cronologie des début de la création, qui nous permait de comprendre que la dimension est fondamentalle avant toute chose a l'énergie créatrice.
Vous pouvez lire cette théorie sur le web a
www.normandregis.com.   
Je serais honoré de recevoir vos commantaires.Merci
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