Henryk Sienkiewicz (1846-1916) ? Le nom est oublié. Tout comme le prix Nobel de littérature en 1905. Le plus grand écrivain polonais du XIX e siècle ne serait plus qu’un totem pour spécialistes de littérature slave s’il n’y avait ce roman, Quo Vadis ?, un titre au latin approximatif qui signifie « Où vas-tu ? ».
Le chemin que nous propose de suivre Sienkiewicz dans cette Rome antique, c’est celui du christianisme naissant, tandis que Néron brûle sa ville, son pouvoir et sa folie. « Mon roman va atteindre la force des choses, les grandes dimensions d’une épopée chrétienne pleine de types divers. »
L’auteur est conscient de la fresque qu’il a entrepris et de la force qui s’y déploie avec des personnages hors norme : Néron tout d’abord, mais aussi Pétrone le dandy sceptique, Sénèque le philosophe stoïque, Poppée aussi belle que cruelle, Tigellin l’intraitable préfet, Paul le propagateur du christianisme et Pierre le disciple de Jésus. Tout cela sur fond d’histoire d’amour compliquée entre le noble Romain Marcus et la fragile Lygie qui a choisi le Christ.
En construisant ce péplum, Sienkiewicz pensait à sa Pologne comme le rappelle l’historien Claude Aziza dans sa préface. « Car, derrière la Rome de Néron, c’est la Pologne de Sienkiewicz qu’il faut voir. Un pays déchiré, dépecé entre Prusse, Autriche et Russie, dont le nouveau tsar, Alexandre II, se mit, en 1878, à poursuivre les catholiques uniates qui obéissaient à la papauté, pour les convertir de force à l’orthodoxie. »
Pour l’été, les éditions Les Belles Lettres (1) viennent de reprendre la traduction de 1901 de ce vrai pavé pour la plage. Plus de six cents pages pour plonger dans l’agonie de Rome au temps de Néron. « Pétrone se réveilla seulement vers midi, et très las, comme de coutume ; la veille, il avait été convive de Néron, et le festin s’était prolongé fort avant dans la nuit. » Dès la première phrase, ça y est, vous êtes parti…
Laurent LEMIRE
(1) Quo Vadis ? d’Henryk Sienkiewicz, traduction d’Ely Alpérine-Kaminski, Les Belles Lettres, 640 p., 25 €.