Par ici le Monet !

Une branche de rosier vue par en dessous donne la mesure de l’immense Monet : lumière, jaillissement, espace, couleurs... Sur la gauche, sa palette colorée est accrochée : et si le tableau était sa projection dans l’espace de la toile ? Bien vu la muséographie !

 

Des marches descendent vers la grande salle de l’exposition Monet et l’abstraction au musée Marmottan(1). Jouons avec elles pour regarder Glycines. Du haut des marches, la branche verte et jaune est suspendue et ruisselle dans le mauve car la limite des couleurs est plus nette en haut qu’en bas. D’en bas, cette vague mauve envahit la toile comme de la brume qui ne recouvre as encore la branche... Sur le palier, le rythme de couleurs en coups de brosse, montre toute l’énergie du travail. Bravo la muséographie !

 

Dans le grand bain de la grande salle, Monet est entourés de nombreux peintres modernes qui visiblement nagent tous ensemble sinon de manière synchronisée...

 

Sur un mur, quatre tableaux dont deux saules pleureurs de Monet. Celui entre Retour d’Espagne de Riopelle et Untitled de Zao Wou-Ki devient de la couleur pure, alors que l’autre garde sa structure d’arbre ; un va et vient entre les deux et le motif reprend le dessus…

 

Cette expérience montre la différence fondamentale : si Monet va vers l’abstraction sans que le motif ne disparaisse, tous ces peintres  abstraits qu’il a inspirés plongent dans l’intensité et le rythme des couleurs ; Bazaine dont Ombres sur la mer renvoie aux vitraux sublimes de l’église saint Séverin, Solitude d’Esteban Vincente où la vibration de quelques pastilles rouges dans un « champ » vert est une merveille pure, Paysage méditerranéen de Nicolas de Staël avec sa chaleur bleue...

 

Monet va vers l’abstraction, car une trace de motif - une forme de bâtiment rectangulaire sur la gauche  - se voit encore dans La maison vue du jardin, comme si embarqué dans son magma de couleurs, l’artiste ne pouvait se résoudre à passer d’un jardin à un autre, de la « réalité » à son monde pictural.

 

Devant l’entrée de son jardin secret, nous hésitons à ouvrir le nôtre pour laisser notre âme voler librement dans la peinture, la vraie... Regardeurs, pouvons-nous prendre l’artiste pour un transformateur de « réalité », pouvons-nous voir que son travail abstrait est concret, allons-nous un jour, enfin, nous faire à l’évidence que toute la peinture est abstraite ?

 

« Réalité réalités punition exemplaire » chante Bashung dans Volontaire. Voilà le danger, être un volontaire, car si nous avons une chance quelconque de vibrer avec l’œuvre d’un artiste, c’est en nous laissant faire, ce que nous « faisons » encore mieux quand c’est involontaire...

 

Last but not least, la vibration rouge orangée d’Untitled 1969 par Rohko,  à la droite d’Impression soleil levant, fait figure d’invité d’honneur de cette exposition, qui est une belle occasion d’apprendre à nager dans la poésie des couleurs, au moment où les bains de mer reviennent en force. À la plage Marmottan, le drapeau n’est jamais rouge...


(1) 
www.marmottan.com

Bruno DE BAECQUE
 

écrit par Bruno de Baecque, le 28/06/2010
modifié par Bruno de Baecque, le 28/06/2010




Les Glycines de Monet.
Réactions des internautes  
Réagir à cet article  

Pseudo : Mail :
Message :
captcha =