Casse-toi Guillon !

Tout le « monde » ne parle que de ça alors que l’événement en est à peine un. Guillon et Porte sont virés de France-Inter, après avoir longtemps joué avec le feu, dans des styles différents, même si la volonté d’aller loin dans la satire leur était commune.

 

Guillon surtout se posait en intouchable, car le virer aurait, selon lui, trop montrer la faiblesse de la radio publique vis-à-vis du pouvoir : tout le monde peut se tromper.

 

Tout le monde, mais Guillon s’ingéniait à montrer qu’il était très loin d’être comme tout le monde, pour le meilleur dans des humeurs de hautes volées, et pour le pire quand ça volait trop bas, trop longtemps...

 

Guillon vient de rencontrer la limite de l’exercice qu'il s'était imposé, faire de plus en plus fort... Car un humoriste qui a 3 fois par semaine 2 millions d’auditeurs pendant 4 minutes, ne joue à rien de comparable - sinon d’essayer de faire rire - avec ce qu’il fait pendant 2 heures devant 500 personnes : c’est 30 fois moins de temps pour capter 4000 fois plus de gens. Il ne considérait  l'humour que de façon périlleuse. Avec lui, le sketche devenait un exploit à chaque fois. Mais on ne lui en demandait pas tant, pas plus qu'à Porte...


Demorand avait l’air, ces derniers temps, de trouver que les humoristes, aussi bien Guillon que Porte depuis son verbe compliqué à expliquer aux enfants – mais la vie est intéressante quand elle se complique – prenaient trop d’importance, car disait-il, on ne parle plus que de ça, et il a raison car leur éviction est un sujet si « important » qu’une partie des ténors politiques est immédiatement monté au créneau.


Et va-z-y avec la liberté d'expression que Guillon plus que Porte maniait avec la désinvolture d'un « petit tyran » en passant son temps à retourner les situations à son avantage, en disant qu'il parlait de ce que d'autres devaient taire, qu'il vengeait en somme, tel un Robin des Bois du rire...


Guillon qui aimait surfer sur les dérives du pouvoir avait raté le coche de l’absurde en refusant le débat avec Besson, qui promettait d’être un grand moment. C’était curieux que lui qui aimait délirer le plus loin possible dans son humeur, soit timide au point de refuser de jouer un autre jeu sur un autre terrain. Ben alors...


Porte aurait-il été viré sans les dernières attaques de Guillon ? Mais à force de se tirer la bourre tous les deux à la recherche d'un rire de plus  en politique et de moins en moins drôle, ils ont été tous les deux roulés dans le même tapis des déménageurs. Le plus fort des trois a gagné et le tort des deux humoristes fut de ne pas prendre le pouvoir au sérieux. 


Le bouffon doit toujours connsidérer les règles du jeu du pouvoir : savoir jusqu'où aller trop loin. Et surtout, surtout, rester subtil, comme devaient l'être - faute non pas d'être virés mais envoyés en camps ou torturés - tous les humoristes qui travaillaient de façon autrement périlleuse sous des régimes vraiment totalitaires, communistes ou fascistes... Ici tout est juste grossier et bien sûr, le plus gossier c'est le chef. Si c'est cela que Guillon et Porte voulaient mettre en évidence, c'est peine perdue pour eux, car on le savait déjà, et on y perd le rire, enfin heureusement pas tout le rire...


Que Guillon se fasse virer après avoir tapé, sans détours et à plusieurs reprises sur son employeur sous prétexte que c’était le jeu, montre que ce jeu procédait d’un mauvais esprit, c’est-à-dire le contraire d’un bon, avec une dimension malsaine. Guillon a plus de style que d’âme et à chaque fois qu’il est interviewé, on comprend bien qu’il est malin, mais pas qu’il est généreux, car peut-être, il ne l’est pas...

 

Généreux, délicieux, François Morel l’est toujours le vendredi sur Inter, et la bonne nouvelle c’est qu’heureusement il reste dans la grille d’été avec son univers merveilleux de faux imbécile heureux dont la légèreté lui permet de nous raconter des histoires subtilement satiriques – les enfants ne comprennent sans doute pas non plus - mais quelle richesse...

 

Casse-toi Guillon ! L’homme est loin d’être à la rue, et peut-être ce revers au bout de milliers d’humeurs, peut-il l’amener à réfléchir sur l’un de ces anciens propos adressé, dans son humeur sur DSK,  à l’une de ses collègues qu’il venait de moquer assez bassement et qui avait reçu, tandis qu’elle s’en plaignait en direct, un « Oui c’est dégueulasse ». A la fin d’A bout de souffle de Godard, Jean Seberg pose la question à Belmondo « Qu’est-ce que c’est dégueulasse ? ». Guillon sait sûrement de quoi elle parle...

 

Bruno DE BAECQUE

 

écrit par Bruno de Baecque, le 25/06/2010
modifié par Bruno de Baecque, le 28/06/2010




Réactions des internautes  
25/06 16:17 Stephane
      François Morel a fait une chronique ce matin exceptionnelle sur le depart des deux humoristes voir
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