« Je suis resté au seuil de moi-même, car à l'intérieur il fait trop sombre » a dit un jour Antoine Blondin. Sommes-nous capables d’assumer les secrets des autres que nous voulons à tout prix connaître, quand les nôtres nous font si peur ? Si nous voulons « tout » savoir sur ceux dont on nous présente les histoires « extraordinaires » avant qu’elles ne deviennenthonteuses, c’est en partie (de football) pour nous divertir de notre vie ordinaire...
Secret de vestiaires, secret des coulisses du pouvoir, secret d’un artiste, secret de la Joconde, secret de famille célèbre, secret d’amoureux fameux, secret d’un jardin si bien nommé, secret d’enfants qui ont juré, secret avec ou sans défense... Mais à quoi jouons-nous à ne pas accepter que les portes ne soient pas fermées pour rien ?
L’aventure des Bleus aurait été différente si les insultes de vestiaires y étaient restées. Le problème n’est pas de savoir qui a révélé le secret, car c’est l’envie de toujours tout savoir qui est responsable en agissant dans la tête du « méchant messager » qui change à chaque fois et dont la chanson de Bob Dylan The Wicked Messenger dit « If you cannot bring good news, then don't bring any. » (Si tu n’as pas de bonnes nouvelles, n’en apporte aucune)
Le secret révélé fait vendre le journal et excite l’envie que ça saigne, car dans ce jeu de la compétition généralisée, où le Mondial dure un temps, ce qui compte c’est de gagner ou de mourir, comme les gladiateurs à Rome... En refusant de s’entraîner, les Bleus se sont tués devant les caméras du monde entier qui ne s’y attendaient pas, mais n’allaient pas pour autant s’abstenir de les filmer. De vrais professionnels de l’image pour pas cher...
Ce qui est plus cher, c’est de découvrir, loin de tout esprit de compétition, que notre intérieur est fréquentable, même si Antoine Blondin le redoutait, d’autant plus fréquentable qu’il s’agit toujours d’une visite privée, qui commence à l’improviste, dans un moment creux, une absence, un instant où rien ne semble se passer, ce qui permet à l’essentiel d’apparaître...
Une œuvre d’art est toujours faite par un artiste qui a fait un voyage dans son esprit, dans le secret de son atelier, et d’autres lieux découverts à marée basse...Celui qui la regarde et la regarde encore, et encore, finira tôt ou tard par y trouver chaussure à son pied, car s’il la regarde autant ce n’est pas pour des prunes.
Les secrets gardés par de bons bergers permettent au vraies émotions accessibles à tous ceux qui vivent leur vie, de découvrir, au fur à mesure, que c’est d’une certaine manière de regarder l’ordinaire que naît l’extraordinaire, qui comme son nom l’indique, ne ramène pas sa fraise toute les quatre matins, sinon à force on manquerait de Chantilly...