« Voulez-vous bien venir soit demain mardi sur les cinq heures et demie soit mercredi à la même heure ? C’est le plus simple et le plus agréable. Nous parlerons de vos poèmes. 28 septembre 1964. » Ainsi commence une amitié. Le petit mot s’adresse à Jocelyne François et il est signé René Char.
Dans un petit livre d’une sincérité rare, écrit en 2007 pour le centenaire de la naissance du poète et publié aujourd’hui, l’auteur pousse de nouveau le portail de la maison des Busclats à L’Isle-sur-Sorgue. Elle se souvient de la première rencontre, de l’amitié, de l’amour, de la rupture.
Personne ne sait d’où vient l’oubli. Personne ne sait non plus pourquoi des souvenirs restent gravés à ce point. « Ce que j’avais tout de suite aimé en lui, c’est qu’il n’avait rien, strictement rien d’un « homme de lettres ». Char ressemblait plutôt à un bûcheron, un colosse taillant des arbres pour en faire des statues qui regardent vers le soleil.
« Aujourd’hui, je vois bien que j’ai fait la paix avec René Char depuis longtemps déjà. Certes, ma colère était à la hauteur de son désir, mais ce ne sont plus que des buées sur le jour. »
Par sa manière de parler de la poésie, la sienne et celle de Char qui lui a ouvert la porte d’un monde inattendu, Jocelyne François nous éclaire sur cette alchimie de la création. Et son livre fait penser à cet aphorisme de Nietzsche – c’est le numéro 589 – dans Humain, trop humain, I : « Le meilleur moyen de bien commencer chaque journée est : à son réveil, de réfléchir si l’on ne peut pas ce jour-là faire plaisir au moins à un homme. »
Laurent LEMIRE
(1) René Char, vie et mort d’une amitié de Jocelyne François, Éditions de la Différence, 60 p., 10 €.