La création en 1945 du régime général des retraites fut un événement. Ce système d’assurance sociale, financé par des cotisations obligatoires salariales et patronales, exprimait un changement radical de comportement envers la prévoyance.
Avant cette date, la sécurité était fondée sur la propriété. Elle excluait beaucoup de gens vivant de leur travail et on considérait que les salariés devaient se constituer une épargne en vue de la retraite. Désormais, l’État assurait une sécurité fondée sur le droit acquis par le travail.
La plupart des pays industrialisés ont une philosophie différente de ce système et un attachement lié à leur propre histoire politique. Voilà pourquoi, chez nous, cette histoire de retraite est une histoire française, profondément ancrée dans la notion de justice sociale, de solidarité intergénérationnelle, tout simplement parce que l’homme « a le droit d’avoir des droits » selon la formule d’Hannah Arendt.
Dans le traitement de l’information, il est intéressant de constater un double événement. D’un côté la célébration de l’Appel du 18 juin du général de Gaulle, de l’esprit de la Résistance qui aboutira entre autre à cette sécurité sociale après la guerre. De l’autre, la réforme proposée par le gouvernement et refusée par tous les syndicats qui considèrent que l’économie financière responsable de la crise ne paie pas pour l’économie réelle.
D’un côté on célèbre la liberté et la justice, de l’autre on déplore l’assujettissement à un capitalisme financier qui produit plus de bulles que le Vatican. C’est donc directement l’État qui est mis en cause. Il ne sert plus d’arbitre entre les acteurs sociaux, tout simplement parce que la société semble s’effacer. Il est confiné à un rôle d’intermédiaire, plus ou moins efficace, entre l’économie réelle et un casino mondial qui demande des garanties. En filigrane, c’est donc moins l’augmentation des cotisations que la disparition du social qui inquiète aujourd’hui.