Baie de laurier ou « bacca laurea » en latin. C’est ce que nous dit l’étymologie pour ce diplôme qui fête ses 201 ans. Elle ne nous dit rien en revanche des polémiques qui agitent le landerneau de l’éducation chaque année au même moment, juste avant l’été. Le baccalauréat est-il bradé ? Sert-il encore à quelque chose ?
Cela n’est pas nouveau. Les critiques ont commencé à sa naissance, lorsque Napoléon 1er signa le décret le 17 mars 1808 dans le but de limiter l’accès aux études supérieures.Ce baccalauréat-guillotine est alors surnommé par la jeunesse mécontente « napoléonite », « bonapartine » puis « maudit baccalauréat », formule toujours en cours actuellement.
C’est alors le principe de sélection qui exaspère. Par la suite, sous la III e République notamment, railler ce diplôme destiné à produire de bons travailleurs et de bons citoyens sera un exercice courant. Anatole France le fit dans La Vie en fleur : « Sur mes seize ans je passai, à la diable, un affreux petit examen nommé baccalauréat, bien fait pour avilir en même temps les candidats et les examinateurs ». Et Jean Giraudoux ne s’en priva pas dans L’Impromptu de Paris. « Si vous passez votre bachot ? Vous serez savante. Vous saurez que l’estomac ressemble à une vieille chaussette et pourquoi on a guillotiné Louis XVI. »
Bref, dans l’esprit de ces auteurs, le bac servait tout juste à gagner la rive de l’université. La croissance quasi constante du taux de réussite, malgré quelques fluctuations, s’est confirmée. Tant et si bien que depuis le score exceptionnel de 86,3 % de reçus en 2009, tous bacs confondus, on se demande si ce bachot pour tous a encore quelque valeur.
Le problème du bac, c’est qu’il est la clef de voûte du lycée qui fonctionne toujours sur le modèle industriel du XIX e siècle. Un modèle éducatif fondé sur la sélection avec une relation particulière entre l’élève et l’école. Et cela n’a pas que de bons côtés comme l’expliquait le sociologue François Dubet dans Le Monde : « un système scolaire est toujours organisé sur le principe des vainqueurs et des vaincus, mais il n’est pas nécessaire que les vaincus aient tout perdu et que les vainqueurs aient tout gagné ».
Or, pour l’instant, ne pas l’avoir c’est risquer de tout perdre et de se trouver du mauvais côté de la société. Une situation encore plus inquiétante en période de crise. Voilà pourquoi, malgré les critiques saisonnières, on n’est pas encore prêt d’entendre des parents sermonner leurs enfants sur l’air de « rate ton bac d’abord ! »…