Vuvuzela : souffler c’est jouer !

Le problème dans la coupe du monde de football, ce n’est ni le football ni la coupe, c’est le monde, c’est-à-dire les « différents » pays dont celui qui accueille le mondial, l’Afrique du Sud, avec ses coutumes locales liées à la pratique du football longtemps réservée aux joueurs noirs...

 

La différence est à l’évidence une richesse, alors que l’uniformité n’apporte qu’ennui et tristesse, mais la « différence » dans un pays qui a connu l’apartheid a une signification particulièrement douloureuse.

 

La coutume locale dans les stades de foot d’Afrique du Sud s’appelle Vuvuzela, soit une trompette qui fut longtemps une corne de gazelle. Le son surprend des oreilles étrangères, peu habituées à en goûter les charmes, car en plus ce son persistant, entêtant, n’a rien de musical... De là à dire qu’il est agaçant, voire exaspérant ?

 

La lecture de la page 23 du Parisien d’hier met en regard deux articles. Un ingénieur du son de Paris va jusqu’à dire que « ça agace car ce n’est pas un référent culturel » sans savoir qu’à côté de son interview, le témoignage d’un étudiant Africain du Sud, dit exactement le contraire : « A tous les matchs, nous avons notre vuvuzela. Nos ancêtres ont mis des années à l’imposer, car le football était un sport de Noirs en Afrique du Sud. »

 

Cet étudiant poursuit en rappelant que c’est une manière d’encourager les Bafana Bafana – nom de la sélection nationale en Xhosa, langue parlée par des millions de Sud Africains, et qui signifie « les garçons, les garçons » - mais comme il y a onze langues, il serait difficile d’en imposer une sans vexer les autres, ainsi le son dans lequel tout le pays se retrouve au stade : c’est le Vuvuzela !

 

Donc la tradition « locale » de l’immense communauté noire, qui n’est pas totalement étrangère aux années d’apartheid, perturbe la demande de « neutralité » internationale, alors que le Mondial en Afrique du Sud n’est pas essentiellement un voyage culturel...

 

Quel manque de tendresse, d’humour, d’humanité, de la part du « monde » qui oublie de considérer l’histoire du pays d’accueil, qui fut quand même autrement plus lourde que quelques matchs de foot qui, quelque soient leur plus haut niveau, resteront toujours un divertissement. On ne meurt pas au foot, alors que pendant l’apartheid...

 

Hier l’Allemagne a joué au foot comme s’ils étaient brésiliens, avec des pénétrations dans l’axe, des centres en retrait, des passes à toute allure, bref du jeu merveilleux... Quand l’Allemagne joue en faisant penser au Brésil, on imagine un monde  de jeu sans frontières comme l’a chanté avec tant de poésie Peter Gabriel dans Games without frontiers sur son album sans titre de 1980, dont la dernière chanson Biko rend hommage à Steeve Biko (1946-1977) l’une des grandes figures de la lutte anti-apartheid, mort  en prison dans des conditions troubles...

 

Le Mondial c’est la fête du foot qui est d’autant plus belle que plus digne au son des Vuvuzelas !

 

Bruno DE BAECQUE

 

écrit par Bruno de Baecque, le 15/06/2010
modifié par Bruno de Baecque, le 14/06/2010




Soufflez, vous êtes filmés...
Réactions des internautes  
15/06 11:13 alexis
      très bien vu (quelque soit l'ange).
mais il parait que ça fait plus de 120 dB, que dire alors des pauvres oreilles de tous ces pauvres spectateurs.
Aurons-nous dans ces prochaines années une vague de surdité en ZAR (en contrepoint malheureux aux années d'aveuglement du monde entier face à l'apartheid) ?
15/06 12:15 Jean Lapierre
       Cher Bruno,
je pense à une chanson de Tom Paxton : "The death of Stephen Biko " dans le disque "Heroes" (voir : 
http://www.mydfz.com/Paxton/tph.htm
A+,
Jean

15/06 16:24 Lamifour
      Bravo Bruno, tu mets très bien des mots pour exprimer les impressions que je ressens depuis le début de cette putain de coupe
15/06 15:07 Marc
      on peut aussi couper le son ....
15/06 15:18 FHR
      Bruno,
Yes, Oui, Ja, Da...
Cette réaction occidentale est significative de cette envie d'uniformité mondialisée. On parle de db! On est en plein cauchemar, ce sont les mêmes qui font fermer les bars, les théâtres, les salles de concert, la vie de nuit à Paris sous prétexte du bruit! Un pays de vieux retraité aigris, mous et cons! Voilà ce que m'inspire l'article du Parisien à propos de ce "bruit"...
Réagir à cet article  

Pseudo : Mail :
Message :
captcha =