Interview de Marc Tanguy, Peintre
« La peinture, c'est de la pensée qui s'étale dans le temps »

Des plages garnies de baigneurs, sable et ciel bleu. Le ciel vire au blanc. La plage est abandonnée pour la ville, des gens, des voitures, la nuit...  Qui tombe et le jour se relève sur des paysages électriques, visions pures du peintre Marc Tanguy. Formé aux Arts Déco et aux Beaux Arts, il n’est pas un macaron mais un mec à rythme qui peint dans la durée. Entretien devant ses toiles tendues à la galerie d’Est et d’Ouest.

 

L’Agitateur d’Idées  - Qu’entendez-vous par durée ?

 

Marc Tanguy : Lorsqu'on peint, on passe d’un état à un autre. La peinture est une image qui dure, qui est fabriquée dans la durée. La peinture existe si sa fabrication entre dans la durée de la conception. Le peintre, s’il sait où il va tout le temps, il ne se déplace pas, il ne fait rien...

 

Donc vous fabriquez ?

 

C'est plutôt un dialogue, un voyage. Dans cette exposition, il y a beaucoup de paysages.

 

Comment commencez-vous ?

 

Je pars souvent d’une image trouvée sur internet ; les webcams nous offrent des vues imprenables, à toute heure du jour ou de la nuit, en toutes saisons.

 

N’empêche que votre peinture est réellement peinte, il n’y a rien de virtuel dans la peinture.

 

Non. Bien sûr que non. D’où l’idée de la durée. Du rythme. Essentiel, le rythme, les étapes, la traversée de territoires inconnus, qui à un moment donné vont se cristalliser... L'image de départ n'est qu'un déclencheur.

 

Comment se passe la traversée ?

 
Ce n’est pas une traversée couche par couche, qui s'épaississent et finissent par nous engluer. J'essaie d'aller de l’avant et en même temps, de rester à distance en gardant la légèreté, la transparence, le style...

 

Ça ressemble à un grand écart...

 

Oui il faut s’entraîner (rire). Ça ne marche pas à tous les coups. Mais à un moment donné, le tableau va quelque part...

 

Même si c’est impossible, pouvez-vous décrire ce moment ?

 

Quand vous faites une chose à un endroit de la toile, cela se répercute à un autre endroit, ainsi l'image se tend, d’où cette idée de Champs magnétiques, qui est le titre de ce tableau. On finit par se retrouver devant un paysage qu'on ne connait pas, mais qu'on reconnait. On est arrivé. Mais chaque peinture est un voyage différent.

 

Champs magnétiques est à la fois abstrait avec ces deux bandes jaunes épaisses, et très évocateur de la réalité des marais salants...

 

La peinture, c’est abstrait. Toute la peinture est abstraite. Titien, c’est abstrait. La peinture, c’est de la pensée qui s’étale dans le temps. Au fond, c'est le spectateur qui fait l'image. Vous dîtes marais salants, d'autres y verront autre chose.

 

Abstrait comme ce paysage au ciel rouge Lagune rouge 3...

 

Oui il est le dernier d’une série, inspirée d’une vision d'un ciel orageux dans la lagune de Venise...

 

On voit une grue dont le haut du bras se détache dans le ciel. Une grue, peut-être un port...

 

Je ne sais pas.

 

Le port n’est pas le problème, la vision est magique. Comme Au bord où cette montagne énorme tombe dans un lac très fin.

 

On se rapproche de la peinture chinoise. La perspective n’est pas toujours perçue, comme dans Champs magnétiques. Quand elle disparaît, comment un lac aussi léger peut-il soutenir une telle montagne ?


 

Oui comment ?

 

Je ne sais pas, c'est cette tension qui fait le tableau. Les incertitudes perceptives. C’est troublant. J’aime les peintres qui troublent. Bonnard, Munch, Diebenkorn, Doig...

 

En vitrine, il y a Nuit américaine. Comme Bob Dylan en 1965, votre peinture est passée à l’électrique. Elle est devenue purement poétique. Il n’y a plus qu’à plonger dedans et là je m’adresse aux regardeurs : nagez sans crainte car Grégoire de Gaulle, le galeriste, est un excellent maître-nageur !

 


Propos recueillis par Bruno de BAECQUE

 

(1) Marc Tanguy jusqu’au 5 juin 2010 à la Galerie d’Est et d’Ouest, 1, rue Francis de Pressensé 75014. 01 40 44 43 00.

 


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Lagune rouge 3. Marc Tanguy
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