Une cabane loin des hommes
À l’article « seul », le Dictionnaire du diable d’Ambrose Bierce précisait : « en mauvaise compagnie. » Michel Onfray pense exactement le contraire. « La compagnie des hommes distrait de la seule vraie compagnie : celle de soi… » C’est une des phrases de ce beau texte mélancolique et rageur, une sorte de long poème scandé intitulé Le recours aux forêts (1) qui sera représenté à la Comédie de Caen.

En bon philosophe, Michel Onfray se méfie des philosophes, surtout ceux qui se rapprochent un peu trop du pouvoir et qui finissent par mettre beaucoup d'eau dans leur vin conceptuel.

« J’ai vu des philosophes
De loin
Sans jamais partager leurs tables
Car les philosophes me font plus rire encore que les autres. »

Au fil des pages, ce rire tourne vite au désespoir quand il énonce tout ce qui l’exaspère, tout ce qui cloche, tout ce qui va de guingois sur Terre, tout ce qui touche les gens et les éloigne les uns des autres.

« J’ai vu des amis trahir l’amitié
Bafouer la confiance
Livrer des secrets
Devenir des ennemis et s’épuiser dans la haine. »

Onfray le cynique, Onfray l’épicurien ne supporte pas les jaloux, les aigris, les tordus de la rancœur.
« Ils veulent la petitesse pour tous
Ainsi ils se croient grands… »

Onfray, l’homme du Nord, l’homme boussole qui regarde son Nord, celui qui éprouve la tentation de Démocrite de se réfugier dans une cabane, à l’écart du tumulte non du monde mais des hommes. De là, il veut entendre s'écouler le temps, observer la nature et s'imprégner de l'existence, se consoler en un mot d'être ici-bas.

Au Rijksmuseum d’Amsterdam – toujours en rénovation – on peut voir ce portrait d’un Démocrite riant signé Hendrick ter Brugghen, un disciple néerlandais du Caravage. Il s’appuie sur le monde comme sur un comptoir en ayant l’air de se dire « quelle bonne blague !». Onfray le Normand est moins solaire sans doute que ce contemporain de Socrate, mais lui aussi ne cesse de se moquer du spectacle qui affiche complet chaque jour depuis maintenant pas mal de siècles.

« Les hommes continueront à s’étriper, à s’éviscérer
Moi, du moins, j’aurais vécu. »
Laurent LEMIRE
(1) Le Recours aux forêts de Michel Onfray, Galilée, 80 p., 14 €. Le texte fera l’objet d’un spectacle à la Comédie de Caen du 16 au 20 novembre. Renseignements sur le site.

écrit par Laurent Lemire, le 05/11/2009
modifié par Administrateur du site, le 31/01/2010




Pendant les répétitions du spectacle, à la Comédie de Caen.
Réactions des internautes  
17/11 10:05 fred malherbe
      A propos de la pièce, hier:
insipide, simpliste, creux, pontifiant, grandiloquent  et manichéen
20mns de déclamation des vilénies de l'homme et autant de catalogue des beautés de la nature vues de la cabane de MOA
(sans à aucun moment évoquer le caractère brutal de la nature, survie, prédation, proie, dévorer, déchiqueter, engloutir, cataclysme, tsunami, lave...) qui auraient pu faire un contrepoint rigolo au catalogue du début... avant que Démocrite se pende!
mais non, un idéalisme fleur bleue et cucul la praline... conconsternant!
Pendant que le chœur déclamait avec des voix d'outre-tombe, un danseur solistait au milieu d'effets spéciaux et de musique electro...
à la limite, sans les voix et le texte, plutôt pas mal, même si chic et toc...  (malgré le plafond qui avait la chiasse!)

21/11 19:35 psp
      Comme cet internaute, j'ai été extrêmenent décu par cette pièce et rejoint l'analyse faite. Outre un texte qui se devait porteur, je n'ai ressenti guère d'émotions face à un spectacle qui piétinait . Que de longueurs et quelle manque de créativité dans les tableaux qui auraient pu être proposés en regard du texte d'Onfray. Une monotonie dans la musique, dans la diction des narrateurs et dans les scènes proposées... Un spectacle ennuyeux et sans vibrations pour moi! Si d'autres ont aimé, tant mieux!
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