Le mangeur de graine de cannabis

ludlowL’un des premiers romans se rapportant à la description des états subits par la consommation de drogue est celui de Fitz Hugh Ludlow. Le « mangeur de graine cannabis » est un livre autobiographique qui décrit les états de conscience altérés qu’éprouve l’auteur après avoir consommé un extrait de cannabis. Ce livre lança un véritable engouement aux États-Unis au moment de sa parution en 1842. Il parait même que les des secrétaires d’État d’Abraham Lincoln aurait consommé du cannabis en appréciant notamment de « rêver des rêves ».

Dans son livre, Ludlow décrit le cannabis comme l’un des moyens pour l’âme d’atteindre un plus large être, une plus grande profondeur, une vue entière sur la beauté ». Il présente en détail et de manière très élaborée les visions qu’il ressent.

En voici un extrait :

« Alors que j’avais augmenté la dose pour cet essai jusqu’à 15 graine de cannabis, je désespérais de voir effectivement les effets. Trois heures après les avoir ingérés, je ne sentais toujours aucun état inhabituel.

Ah mais qu’est-ce que ce frisson qui qui parcourt mon avant-bras ? Un choc dû à une force vitale inimaginée qui passe sans annonce à travers tout mon corps, pénétrant jusque dans mes doigts, me faisant presque sauter de ma chaise.

Je ne pouvais en douter, le cannabis avait pris pouvoir sur moi. Ma première émotion fut celle d’une terreur incontrôlable, une sensation d’avoir eu autre chose que ce à quoi je m’attendais.

Pas de douleur, mais un étrange sentiment d’étrangeté s’installer en moi ».

Voilà en quelques mots ce que Ludlow a ressenti il y a plus de 160 ans lorsqu’il a consommé pour la première fois du cannabis dans sa forme ingérable.

Gauthier et les graines cannabis

gauthier-et-cannabisC’est Gauthier véritablement qui va faire entrer le cannabis dans l’usage des gens de lettre.

Il va trouver grâce à l’usage du cannabis l’opportunité de mettre en jeu un narrateur qui a perdu toute notion de l’espace et du temps, ainsi que son identité. Ce narrateur consomme abondamment du cannabis autofloraison et des graines cannabis.

Gauthier est connu pour avoir fait grand usage de cannabis et de tout autre produit cannabissé.

L’état d’ivresse cannabique sera pour Gauthier un terrain de travail important dans lequel il entrainera son ami Baudelaire qui lui aussi y trouvera une de ses muses.

Gauthier est un « joueur « qui découvre et observe le fonctionnement de la psyché quand elle se libère des contraintes structurante de notre conscience habituelle. Le club des hachichins est tout compte fait un espace d’exploration ludique, où l’on joue à se rencontrer comme le font des conspirateurs et où l’on joue à perturber sa conscience habituelle.

Les « Fleurs de mal », l’un des chefs d’œuvre de Baudelaire, sera dédié à Gauthier le « poète impeccable », l’adorateur de « l’art pour l’art ».

Dans les « Paradis artificiels », publié en 1860, Baudelaire distingue les drogues et leur usages qui révèlent à l’homme sa condition et celles qui la lui cache. Dans ce travail, Il identifie avec précision et discernement toutes les méthodes d’administration des produits dérivés du cannabis. Il aurait pu y traiter aussi de la manière dont les graines cannabis peuvent être consommées. Mais vous trouverez d’autres indications à ce propos dans l’excellent livre de Bosc, « traité sur le haschich ».

Baudelaire dira notamment que le cannabis est une drogue « qui fait enfler le moi, qui le rend hyperbolique ». Il continuera en faisant remarquer qu’il abaisse « le seuil d’anxiété », le cannabis et les graines cannabis permettent à tout un chacun d’aborder les importantes questions qui l’angoisseraient en des temps normaux.

La littérature et le cannabis

club-des-hachichinsLe lien ténu entre la littérature et le cannabis s’est développé depuis des temps immémoriaux. Mais le mouvement des poètes s’inspirant de l’herbe poussée de la graine cannabis provient elle de d’un petit club, une société secrète en fait, qui fut fondé en 1844. Le club des « hachichins ». A la base de ce club sont présents deux personnes importantes. Le Dr Moreau de Tour et le poète Théophile Gauthier.

(« hachichin » veut dire «  mangeurs de herbe de cannabis ».)

Moreau de Tour a voyagé à travers l’Orient. Il est psychiatre. Il est connu pour ses articles sur le traitement des malades mentaux dans la société musulmane. Il est aussi apprécié pour disposer d’un stock conséquent de haschich. En 1845, il publiera un ouvrage dont le titre est  » du haschich et l’aliénation mentale « . Il établit des liens entre le délire schizophrénique et les effets du cannabis. Le personnage de ce psychiatre prend forme au début d’une nouvelle de Gauthier, intitulée  » le club des hachichins « . Il est présenté livrant le haschich aux adhérents du club, distribution qu’il s’accompagne d’un rituel :  » ceci vous sera retiré sur votre portion de paradis « .

Dawamesk, pastilles et graine de cannabis

D’autre part, le cannabis était, au XIXe siècle, ingéré, c’est-à-dire consommé par la voie digestive. Sous forme de confitures (), soit en pastilles au gingenbre ou au chocolat. Les graines de cannabis étaient aussi consommées. Baudelaire observera qu’à Istanbul, à Alger et même à Paris, certains fument du haschich mêlé avec du tabac ; mais les effets n’apparaissent que sous une forme très modérée et paresseuse « .

Il est important de souligner qu’à la fin du XIXe siècle la consommation des drogues n’étaient pas illicite. En effet, la grande vague d’interdiction des drogues dont le chanvre indien ne date que des années 1910.

Le haschich une drogue idéale

traité-du-haschichD’après le livre de Bosc de Vèze.

Le haschisch, nous vient d’Orient ; les propriétés enivrantes du chanvre étaient bien appréciées dans l’ancienne Egypte, et son usage en est très répandu. Dans l’Inde, en Algérie et dans l’Arabie Heureuse, il est connu sous différents noms. Mais nous avons auprès de nous, des exemples curieux de l’ivresse causée, par les essences végétales. On sait que, lors de la moisson du chanvre, les travailleurs subissent des effets similaires ; on dirait que de la récolte s’élève une vapeur qui trouble leur cerveau. La tête du moissonneur est pleine de volutes, quelquefois chargée de rêves. A certains moments, les membres des travailleurs s’affaiblissent et ne peuvent plus travailler. Nous avons entendu parler de cas de somnambulisme assez fréquents chez les paysans en Russie, dont la cause, dit-on, peut être attribuée à l’usage de l’huile de graine de cannabis dans la préparation des aliments. Qui ne connaît les folies des poules qui ont mangé des graines de cannabis, et l’enthousiasme plein de fougue des chevaux que les fermiers, dans les noces et les fête, préparent à une course au clocher par une ration de graine cannabis , quelquefois arrosée de vin ?

Fabrication du haschich au XIX siècle|

L’extrait du haschisch, tel qu’il est préparé par les Arabes, s’obtient en faisant bouillir dans du beurre les fleurs de la plante fraîche, avec un peu d’eau. Après évaporation complète de toute humidité, on fait passer dans un filtre à grosses mailles et l’on obtient ainsi une préparation qui a l’apparence d’une pommade de couleur jaunâtre-verdâtre, et qui garde une odeur de graine Cannabis et de beurre rance. Sous cette forme, on l’emploie en boulettes ; mais à cause de son odeur, qui va croissant avec le temps, les Arabes mettent l’extrait gras sous forme de confitures.

La plus utilisée de ces confitures, le dawamesk, est un composé d’extrait gras, de sucre et de diverses herbes, tels que vanille, pistaches, cannelle, amandes, musc. Quelquefois on y ajoute de l’extrait de cantharide, dans un but plus orienté et qui n’a rien de commun avec les résultats habituels du haschisch. Sous cette nouvelle forme, le haschisch est au contraire très agréable.